Amulettes et talismans musulmans

Amulettes musulmanes
Les amulettes et les talismans magiques sont les témoins les plus visibles de pratiques ésotériques et de la pratique de la magie dans les pays arabes et musulmans. Ils suscitent un grand intérêt et ont fait l'objet de nombreux articles et études scientifiques.

Mais bien entendu ces pratiques ne sont pas apparues avec la naissance de l'Islam. Cette religion a récupéré l'héritage de toutes les pratiques qui avaient cours dans l'Arabie Antique datant d'avant l'avènement de l'Islam. Les rituels magiques venant des civilisations antiques antérieures à la conquête des territoires par les arabes se sont prolongés sous des formes islamisées dans de nombreuses contrées. Mais il convient d'émettre quelques réserves quant à ces études scientifiques car il semblerait qu'au lieu de simplement constater la présence d'éléments païens, elles étaient plus destinées à rechercher ces éléments. Et donc elles ont finit par en trouver...

Malgré tout, il est fort de constater que les talismans sont toujours autant présents aujourd'hui dans le monde musulman et ils font carrément partie des traditions et du quotidien, bien que leur utilisation soit parfois contestée par les hauts dignitaires de la religion. Ils ont avant tout une fonction sociale, la même qui existait avant l'Islam. On peut conclure des observations historiques qu'il n'y a pas eu une adaptation des anciens rites païens à l'Islam mais qu'au contraire ils ont perduré en tant que rites sociaux et que c'est l'Islam qui les a intégré.

 

Les premières études

Les premières études des talismans s'intéressaient avant tout à la magie égyptienne de l'Antiquité et se situaient dans le développement fulgurant de l'égyptologie. C'est ainsi que l'égyptologue anglais Sir Ernest Alfred Thompson Wallis Budge (1857-1934), essentiellement connu pour ses travaux sur le Livre des morts, publia en 1899 un ouvrage fondateur dans l'étude de la magie égyptienne antique : Egyptian Magic, Londres, K. Paul, Trench, Trübner & Co, 1899. Il développa davantage cette thématique dans un ouvrage écrit vers la fin de sa vie, Amulets and Superstitions : the original texts with translations and descriptions of a long series of Egyptian, Sumerian, Assyrian, Hebrew, Christian, Gnostic and Muslim amulets and talismans and magical figures, with chapters on the evil eye, the origin of the amulet, the pentagon, the swastika, the cross (pagan and Christian), the properties of stones, rings, divination, numbers, the Kabbâlâh, ancient astrology, etc., Londres/New York, Oxford University Press, H. Milford, 1930. [Traduction : Amulettes et Superstitions : les textes originaux avec les traductions et les descriptions d'une longue série de talismans égyptiens, sumériens, assyriens, hébreux, chrétiens, gnostiques et d'amulettes musulmanes et de figures magiques, avec des chapitres sur le mauvais œil, l'origine de l'amulette, le pentagramme, la croix gammée, la croix (païenne et chrétienne), les propriétés des pierres, des anneaux, la divination, la numérologie, la kabbale, l'astrologie ancienne, etc.]

Parallèlement aux travaux de Sir Ernest Alfred Thompson Wallis Budge, William Matthew Flinders Petrie publia également un ouvrage de synthèse sur les amulettes égyptiennes de l'Antiquité : Amulets, Londres, Constable & co. ltd., 1914. Le protectorat britannique sur l'Égypte (1914-1922) contribua à développer un intérêt ethnologique (et donc contemporain) pour la magie égyptienne. Voir par exemple Herbert Edward Elton Hayes, « Islam and magic in Egypt », Muslim World, 4 (1914), p. 396-406. C'est aussi au cours de cette période que Minnehaha Finney (1867-1965) publia son article présentant les caractères généraux des amulettes égyptiennes musulmanes : « Amulets in Egypt », Muslim World, 7 (1917), p. 366-371. C'est également à peu près à la même époque que l'on découvrit la cérémonie d'exorcisme du Zar, qui donnera lieu à de nombreuses études tout au long du XXe siècle : Elisabet Franke, « The Zar in Egypt », Muslim World, 3 (1913), p. 275-289.

Les talismans et l'écriture

Ecriture Arabe Hiéroglyphique
Dans l'Islam, les talismans sont très souvent recouverts d'écriture arabe. L'intérêt porte donc autant sur le matériau utilisé que sur ce qu'il y a d'écrit dessus.

De nombreuses recherches ethnologiques rapportèrent l'emploi de talismans pour une multitude de choses différentes. On en retrouve des traces dans des différents grimoires médiévaux tels que le Picatrix ou encore le Kitab al-Nawamis et le Shams al-maarif. Il existait même un véritable métier qui était celui d' « écrivain professionnel de prières ». Ces gens consacraient leur temps à écrire des talismans destinés à être ensuite vendus.

 

Des objets de la vie quotidienne

Talismans arabes
On peut également s'apercevoir aux résultats de ces recherches que de multiples objets anodins de la vie quotidienne deviennent des amulettes ou des talismans. On trouve aussi des amulettes musulmanes pour soigner des maux de la vie de tous les jours. Ernest-Gustave Gobert nous parle d'une amulette destinée à soulager le mal de tête : « La chguiga, une amulette en bois d'ephedra », Revue Tunisienne, 1940, p. 1-5. Le terme de chguiga désigne bien en arabe classique la migraine, mais nous n'avons trouvé aucune mention d'une amulette du même nom au Moyen Âge. En revanche, le terme est bien attesté dans des grimoires médiévaux comme un des maux auxquels remédier.

Les mots français les plus courants pour désigner les objets magiques sont amulette et talisman. Le terme d' « amulette » viendrait de l'arabe ḥamalāt. Ce terme désigne des objets que l'on porte et c'est bien le cas de l'amulette que l'on porte autour du cou. Une distinction sera ensuite opérée entre les amulettes naturelles et artificielles. Ces dernières sont celles que l'on fabrique, c'est à dire les pentacles et les talismans.

La différence essentielle entre les deux types de pendentifs ne réside pas dans le fait qu'ils soient naturels ou façonné par l'homme mais bien dans l'origine des pouvoirs magiques. Dans le cas d'une amulette naturelle le pouvoir vient uniquement du matériau utilisé. Pour les autres, c'est le processus de fabrication qui apporte un pouvoir magique. En effet, la fabrication d'un talisman contient une phase de « chargement » de ce talisman en énergie (positive ou non). Il serait donc possible de faire de n'importe quel objet de la vie quotidienne une amulette magique à partir du moment où le chargement énergétique s'est effectué dans des conditions adéquates en respectant un rituel magique.
 

Le port de talismans est-il licite dans la religion musulmane ?

Il faut bien admettre que bon nombre de musulmans utilisent des amulettes pour la protection ou pour la chance. D’autres s'en servent pour lancer le mauvais œil ou pour obtenir les faveurs d'une femme avec la magie rouge marocaine par exemple. Est-ce que l’islam est permissif envers ces pratiques ?

La parole du Prophète découragerait tout musulman de porter des amulettes :

Dieu ne va pas assister celui qui porte des gris-gris.
Il va le laisser à ses idoles.

 

Fer à cheval - protection
Ca parait donc très clair. Le port des amulettes musulmanes n'est pas du tout recommandé par l'Islam. Mais il est cependant autorisé pour se protéger, le temps que le croyant apprenne par cœur les versets du Coran qui lui serviront ensuite d'unique protection. Ce ne peut être que pour une période très limitée dans le temps et seulement pour se protéger.

Toute autre utilisation des talismans, que ce soit pour avoir de la chance ou pour trouver l'amour, est une pratique proscrite par l'Islam qui va à l'encontre des recommandations du Coran. Ce comportement peut conduire l'individu à être dépossédé de son statut de musulman, c'est-à-dire à la déchéance de sa religion.

Les savants musulmans soutiennent à l'unanimité qu'il est haram (illicite) de porter des amulettes qui contiennent autre chose que des versets coraniques, mais ils ont une opinion divergente en ce qui concerne celles qui ne contiennent que les versets ou les sourates du Coran. Certains d'entre eux disent que les amulettes contenant des versets ou des chapitres coraniques sont admissibles, tandis que d'autres les considèrent comme inadmissibles.

La vue qui est réputée être la plus correcte est que le port de ces amulettes n'est pas autorisée en raison de la signification générale des hadiths parlant des amulettes, et afin d'éviter tout moyen qui pourraient conduire à éluder Allah (associer des partenaires à Allah ou pratiquer le polythéisme).

Une partie des effets négatifs des amulettes est qu'elles détournent le cœur des gens d'Allah et les rendent dépendants des choses qu'ils ont écrit, et ceci conduit les gens à vivre dans la peur constante de ce qui peut ou ne pourra pas se produire.

Le Cheikh Al-Albani a déclaré:

Cette déviance et cet égarement est encore largement répandu parmi les Bédouins, les paysans et certains des citadins. Des exemples incluent les perles, que certains conducteurs ont mis dans leur voiture, suspendues à partir du rétroviseur. Certains d'entre eux accrochent une vieille chaussure à l'avant ou à l'arrière de la voiture ; certains accrochent un fer à cheval sur la calandre, le devant de leur maison ou de leur magasin. Tout cela est pour conjurer le mauvais œil, ou alors ils prétendent d'autres choses en raison de leur ignorance dans le (pur) monothéisme et des choses qui sont interdites, telles que les actions de polythéisme et d'idolâtrie pour lesquelles des messagers ont été envoyés et des livres ont été écrits seulement pour les révéler et seulement pour y mettre un terme.

En conclusion, ceux qui croient au pur monothéisme (tawhid) devraient rester aussi loin que possible de telles choses. La foi dans leur cœur est trop grande pour permettre quoi que ce soit de ce genre d'entrer dans leur cœur. Leur statut est trop élevé et leur certitude de la foi est trop forte pour mettre leur confiance en quelqu'un d'autre qu'Allah ou pour demander la protection de toute personne autre que Lui.

En résumé, si les amulettes contiennent autre chose que les révélations du Coran et contiennent au lieu de cela le charabia des Juifs ou des adorateurs des temples, des étoiles ou des anges, ou de ceux qui utilisent les services des djinns, etc., ou qu'elles sont faites de perles, de chaînes, d'anneaux de fer, de fer à cheval, etc., alors c'est haram. Par exemple suspendre ces amulettes ou les porter, c'est haram, sans aucun doute, parce qu'elles ne figurent pas parmi les moyens admissibles ou les formes connues de traitement de la maladie et parce qu'elles détournent le cœur d'Allah. Et même si elles ne contiennent que des extraits du Coran, c'est la même chose. En plus il peut être accessoirement dangereux de perdre un fer à cheval sur l'autoroute...


 
Sources :
Cet article a été réalisé en s'appuyant sur la thèse La magie islamique et le corpus bunianum au Moyen Âge rédigée par Jean-Charles Coulon pour obtenir le grade de docteur de l'université de Paris IV, La Sorbonne, dans la discipline des études arabes et d'histoire médiévale.

L'article s'est également appuyé de la publication de l'islamologue Abdoul Aziz Barro que l'on peut retrouver à cette adresse.




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